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Suite de la présentation du livre d’Annie Laurent, L’Islam, pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), éd. Artège, 2017, par Anne Bernet (1).

 

Annie Laurent pose deux postulats incontestables :

  • l’islam, en l’état, n’est pas réformable et même s’il existe des courants et des personnalités, isolés mais qu’il faut soutenir, pour tenter de l’amener à évoluer, nous sommes encore très loin de le voir entrer dans la modernité telle que nous la concevons.
  • Il ne faut donc pas espérer voir se développer chez nous un « islam de France » compatible avec les principes de la République et duquel nous n’aurions rien à craindre.

L’islam est conquérant et possède une vocation universaliste

l’Europe et la France font partie de ses objectifs, même si, pour l’heure, il avance pacifiquement. Des « affaires » comme celles du voile ou du burkini, habilement orchestrées par les Frères musulmans, permettent de mesurer les capacités de résistance de la société européenne, et celles de mobilisation et de solidarité de la communauté musulmane, les unes apparaissant plus fortes que les autres.

Face à ce péril, car c’en est un, Annie Laurent préconise d’abord de renoncer à toute candeur et de cesser de se laisser manipuler.

Le voile, symbole par excellence de la place de la femme dans l’islam, bien que, paradoxalement, il soit bien antérieur à Mahomet et que l’obligation explicite de couvrir les cheveux ne figure nulle part dans le Coran (1), a été instrumentalisé depuis des années, le refuser revenait à rejeter l’autre et ses différences. Or, comme l’auteur le démontre, citant Rafik Smati, président du mouvement Objectif France,

le foulard islamique n’est pas un attribut religieux, mais un outil de conquête politique. Ne soyons pas naïfs : le voile est l’étendard de l’islamisme ! »

Il est d’autant plus étonnant que la gauche ait fait preuve d’une telle tolérance à ce sujet, en oubliant le grand combat de l’émancipation féminine que l’islamisme met violemment à mal.

Lire les chapitres consacrés à la place des femmes dans l’islam, au droit du mariage et de la famille en pays musulman, est édifiant. Sur ce point, d’ailleurs, Annie Laurent entame une réflexion importante sur les unions interreligieuses entre chrétiens et musulmans, invitant les hommes d’Église à bien mesurer le fossé qui sépare les deux conceptions du mariage, de la vie conjugale, de l’amour et du respect mutuel entre les époux, de l’éducation des enfants et, renonçant à tout irénisme en ce domaine, à ne pas favoriser, sauf assurances certaines pour le conjoint catholique et ses enfants, la bénédiction de ces unions.

Le dialogue interreligieux semble, en effet, avoir aggravé un relativisme déjà trop présent dans l’air ambiant. Une partie de l’Église, devenue frileuse dès qu’il s’agissait de proclamer hautement sa foi et ses dogmes, a cédé du terrain face à une religion simple et exigeante, structurée et encadrant tous les actes de la vie. Beaucoup de nos contemporains, peu préparés à exercer leur liberté d’enfants de Dieu, y trouvent les repères qui leur manquent, en même temps d’ailleurs qu’une permissivité des mœurs, en tout cas pour les hommes, plus facile à vivre que les exigences morales du catholicisme…

Le manque de formation et de culture religieuses, l’abandon de la catéchèse après le concile Vatican II ont laissé des générations de catholiques désarmés face à l’islam et incapables de comprendre les différences fondamentales, en dépit d’apparents points de rapprochement, entre les deux religions. La brève étude comparée du catholicisme et de l’islam, et des distances à maintenir, en toute charité et respect mutuels, devrait être lue, méditée, comprise et mise en application par l’ensemble du monde catholique, ne serait-ce qu’afin de dissiper les faux-semblants et les illusions tenaces.

Il n’est plus temps de s’obstiner à croire que le Dieu trinitaire des chrétiens puisse se confondre avec Allah, ce qui scandalise d’ailleurs les musulmans, prompts à abhorrer les « associationistes » (2). Le Créateur aimant, allant jusqu’à donner Son Fils unique afin que le monde soit sauvé, n’est pas le démiurge impassible et indifférent de l’islam qui exige uniquement la soumission de ses créatures et sauve qui bon lui semble, n’offrant au demeurant à ses élus qu’un paradis matérialiste, bien loin du face-à-face éternel de la vision béatifique promise aux chrétiens.

Le dieu de l’islam n’est pas le Dieu d’amour de la Révélation.

Annie Laurent, dans une conclusion admirable, considère d’ailleurs que cette méconnaissance de l’amour divin rédempteur est au cœur du drame musulman : «

Le monde musulman, n’ayant pas connaissance d’un Dieu qui aime chaque homme d’un amour infini souffre dramatiquement de manque d’amour et de considération. Telle est la cause principale qui conduit certains de ses membres à des actions d’extrême violence. »

Dans ces conditions, le véritable amour du prochain nécessite l’évangélisation. Encore faut-il, pour cela, une Église consciente des enjeux politiques, nationaux, spirituels, ferme dans sa foi et ses principes, capable d’aller au-devant de l’autre sans se perdre elle-même.

Anne Bernet

 

 

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  • (1)Certains juristes musulmans s’appuient cependant sur la sourate 33, verset 59, et la sourate 34, verset 31, pour soutenir que le port du voile est une obligation coranique.
  • (2)Bizarrement, pour beaucoup de musulmans, la Sainte Trinité n’est pas le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais Dieu, Jésus et la Vierge Marie…