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PFV n°30-31-32

Le 11 septembre 2015

Les horreurs commises par l’Etat islamique (Daech), que ce dernier justifie par des injonctions « divines » (le Coran) et « prophétiques » (la Sunna – Tradition – de Mahomet), y compris lorsqu’elles s’appliquent à des musulmans, suscitent des réactions inédites et nouvelles au sein de l’Oumma (la communauté des musulmans). « Est-ce vraiment cela l’islam ? », s’interrogent certains auteurs d’articles visiblement humiliés par une telle barbarie surgie du dedans de leur religion.

Quelques initiatives intéressantes par leur nouveauté prises récemment dans le monde arabe, région qui, en tant que berceau géographique, historique, culturel et religieux de l’islam, a la vocation d’influencer l’Oumma tout entière, laissent entrevoir de possibles évolutions. Il convient d’être attentif à ce mouvement, mais aussi d’en mesurer les difficultés et les limites. Telle est la réflexion que nous vous proposons dans une triple

                                             Petite Feuille verte (n° 30, 31 et 32).



 

 VERS UN SURSAUT DE LA CONSCIENCE ISLAMIQUE ?

Jusqu’à présent, les musulmans gênés par les cruautés commises par certains de leurs coreligionnaires prétendant agir « au nom de Dieu » se contentaient d’affirmer que de telles actions n’avaient « rien à voir avec l’islam authentique ». Ces réactions relevaient d’une sorte d’incantation sans lendemain. En effet, on en restait là et rien ne changeait.

Des étapes supplémentaires ont été franchies ces derniers mois : des intellectuels osent reconnaître publiquement l’existence d’un problème de fond concernant l’interprétation des textes sacrés de l’islam. Par ailleurs, l’Egypte a accueilli une Conférence internationale en vue de mettre en place des outils aptes à promouvoir une véritable réforme.

 

PFV n° 30 – LES PRÉMISSES

 

I – Des prises de position lucides

 

            Ghaleb Bencheikh, responsable de l’émission « Culture d’islam » sur France-Culture, a publié sur son site refonder-pensee-theologie-islam :

Au-delà des simples réformettes, par-delà le toilettage, plus qu’un aggiornamento, plus qu’un rafistolage… c’est à une refondation de la pensée théologique islamique qu’il faut en appeler… Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d’urgence : le pluralisme, la laïcité, la désintrication de la politique d’avec la religion, l’égalité foncière entre les êtres, la liberté d’expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la désacralisation de la violence, l’Etat de droit, sont des réponses essentielles et des antidotes primordiaux exigés. Ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam… Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité. C’en est devenu insupportable… Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s’affranchir des clôtures dogmatiques » (22 janvier 2015).

 Lors d’une conférence donnée à Rabat (Maroc) en mai 2015, Abdennour Bidar, philosophe français d’origine maghrébine, a appelé à rompre avec « la relation esclavagiste » vis-à-vis de Dieu :

 Il faut que, du côté musulman, on en finisse avec le néoconservatisme qui bascule dans l’intégrisme religieux et qui refuse tout discours critique sur l’islam. Or, c’est une spiritualité qui a besoin aujourd’hui d’une réforme de fond (…). Mais où est-il aujourd’hui cet islam serein, pieux et discret, sage et puissant ? Il faut avoir le courage de voir qu’il est trop souvent remplacé par la brutalité d’une religion basique, qui classe toute la vie de façon binaire en noir/blanc, halal/haram [permis/défendu], et qui développe trop d’intolérance, de rigidité, sans parler de ses fantasmes de pouvoir politique » (L’Economiste, Casablanca, 29 mai 2015).

Quant au délégué sunnite au Conseil national de dialogue islamo-chrétien au Liban, Mohamed Sammak, il affirme :

 Il faut combattre l’extrémisme de l’intérieur même de l’islam. On ne peut se contenter de dire : ce n’est pas ça l’islam. Il faut convaincre les musulmans avec des arguments tirés de la foi musulmane, du Coran » (L’Orient-Le Jour, Beyrouth, 22 août 2015).

 II – L’Egypte pionnière

 Plus important sans doute, des autorités musulmanes s’engagent concrètement pour disqualifier les auteurs d’actes inhumains et les empêcher de faire école.

 1°/ Le coup de tonnerre du maréchal Sissi

 Le 28 décembre 2014, le maréchal Abdelfatah El-Sissi, chef de l’Etat égyptien, prononçait un discours devant les cadres de l’Université d’El-Azhar, importante institution de l’islam sunnite dont le rayonnement dépasse les frontières du pays du Nil. Voici un extrait de ses propos :

Il est inconcevable que la pensée que nous tenons pour sacrée puisse faire de l’entière communauté islamique une source d’anxiété, de danger, de meurtres et de destructions partout dans le monde (…). Il est inconcevable que cette idéologie – je ne parle pas de religion mais d’idéologie, le corpus d’idées et de textes que nous avons sacralisés au cours des siècles – soit rendue au point où il est devenu très difficile de la remettre en question (…). La nation islamique se déchire, se désintègre et va à sa perte et cela de nos propres mains ».

Et le président confiait à El-Azhar le soin d’œuvrer à une révision adéquate des principes d’interprétation des textes sacrés de l’islam. Ce discours a été retransmis à la télévision égyptienne.

 2°/ Le Liban-modèle

 Deux initiatives récentes sont à signaler dans ce pays.

 

  1. a) Début juin 2015, un sommet intermusulman extraordinaire s’est tenu à Beyrouth au siège de Dar-el-Fatoua (la Maison de la Fatoua, instance officielle de l’islam sunnite), sous la présidence du mufti de la République libanaise (sunnite), le cheikh Abdellatif Deriane, et avec la participation des trois autres dignitaires religieux musulmans du pays du Cèdre : le vice-président du Conseil supérieur chiite, Abdelamir Kabalan, le cheikh Akl druze, Naïm Hassan, et le chef des alaouites, Assad Assi. La rencontre était consacrée à « la situation alarmante au Liban et dans le monde arabe, et à ses conséquences sur les relations intermusulmanes et sur les rapports islamo-chrétiens ». A l’issue de ses travaux, le sommet a publié huit recommandations, dont voici l’essentiel.
  •  Les musulmans sont invités à ne pas faire de différence entre eux, ce qui ne signifie pas l’absence de désaccords, mais l’acceptation des différences et le respect de l’autre. La diversité des écoles et des interprétations ne doit pas abolir ni affaiblir « cette fraternité qui repose sur la croyance en Dieu, en son Prophète et au Coran ».
  • Il convient d’affirmer que « le meurtre d’un musulman par un autre musulman est frappé d’un interdit religieux par le Coran », de « condamner tous les extrémismes et les jugements pour apostasie prononcés à l’égard d’autres croyants au Dieu unique, pratique qui constitue par ailleurs un écart à la tolérance qui caractérise l’islam », ainsi que « les conduites terroristes », celles-ci étant « contraires à la charia musulmane et aux principes qui affirment la dignité de l’homme et l’immunité de toute âme humaine ».
  • Deux recommandations concernent les chrétiens d’Orient. Le texte énonce que les rapports islamo-chrétiens doivent être fondés sur « la justice, la modération, le respect de la diversité et des différences entre les hommes ». Puis, « au nom des principes religieux, humanitaires et nationaux, le sommet condamne les agressions dont sont victimes pour des motifs religieux les chrétiens d’Orient, dont les foyers, villages, biens et lieux de culte ont fait les frais de cette discorde, alors que le Prophète a recommandé qu’ils soient respectés, protégés et défendus. Ces agressions, tout comme celles dont ont été victimes d’autres musulmans ainsi que des non-musulmans relevant d’autres croyances et cultures, comme les yézidis, sont assimilables à des agressions contre l’islam lui-même ».
  • Enfin, « le sommet réaffirme sa foi dans le respect de la dignité humaine, des libertés privées et publiques, en particulier de la liberté religieuse, et son refus de toute coercition en matière religieuse ou au nom de la religion ».

En conclusion, les dignitaires musulmans ont exprimé leur espoir de voir le Liban, seul pays arabe dont la Constitution réserve la présidence à un chrétien, « s’élever au rang de modèle de règlement des crises qui secouent nombre d’Etats arabes frères » (L’Orient-Le Jour, 3 juin 2015).

 

  1. b) Le 20 juin 2015, l’association des Makassed islamiques (sunnite), fondée il y a 137 ans au Liban où elle gère notamment des écoles, une université et des institutions culturelles, a publié un compendium intitulé « Déclaration de Beyrouth sur les libertés religieuses ». Ce document doctrinal entend rectifier une pensée islamique désordonnée, notamment sur les points suivants : reconnaissance de la liberté de croyance et d’enseignement, respect de la liberté de conscience, respect de la dignité de l’être humain en soi, droit à la différence, respect du pluralisme, droit à la participation politique et sociale, édification d’un Etat civil, respect des chartes des droits de l’homme, engagement envers un Liban uni et démocratique. Les Makassed s’engagent à promouvoir ces idéaux par l’enseignement, qui est leur principale activité.

Commentant ce texte, qui a été bien accueilli par ses compatriotes chrétiens, Mohamed Sammak a indiqué : « La Déclaration de Beyrouth séduit parce qu’y figurent des notions comme le respect de la liberté de conscience. C’est une notion au cœur de la culture chrétienne et de la théologie proprement dite. Les chrétiens ne sont pas habitués à nous entendre parler de liberté de conscience. Nous parlons plutôt de liberté religieuse [de culte, ndlr]. Mais la liberté de conscience va au-delà » (L’Orient-Le Jour, 22 août 2015).

Il faut toutefois attendre la concrétisation de ces déclarations encourageantes car, dans les deux cas, aucune structure opérationnelle n’a jusqu’à présent été mise en place pour la diffusion de ces principes et le contrôle de leur application.

 

 PFV n° 31 – LE PROBLÈME DES FATOUAS

(OU FATWAS SELON LA GRAPHIE ANGLAISE)

Aujourd’hui, les débats portent souvent sur le statut et la valeur des fatouas.

 I – QU’EST-CE QU’UNE FATOUA ?

 1°/ Définition

Une fatoua est un décret ou édit autorisé qui peut porter sur toutes les matières civiles et religieuses (il ne s’agit pas seulement de condamnation à mort, comme beaucoup l’ont cru suite à la fatoua dans ce sens publiée en 1989 par l’imam Khomeyni contre l’écrivain britannique Salman Rushdie, auteur du roman Les versets sataniques).

Dans l’Islam sunnite, l’émission de fatouas relève en principe de la compétence du mufti (membre du corps des oulémas ou savants) en sa qualité de représentant de la justice consultative et, à ce titre, fonctionnaire rétribué par l’Etat. Le mufti peut intervenir de sa propre autorité ou en réponse à une consultation.

 2°/ Un foisonnement anarchique

Aujourd’hui, toutes sortes de juristes, pseudo-juristes, prédicateurs ou dirigeants auto-proclamés comme Abou Bakr El-Baghdadi, le calife de l’Etat islamique (Daech), et, avant lui, Oussama Ben Laden, fondateur d’El-Qaïda, s’autorisent librement à délivrer des fatouas qui légitiment des actes inhumains : immolations par le feu, crucifixions, décapitations, viols, pratique de l’esclavage, conversions forcées, destructions d’églises, de monastères et de monuments antiques, etc. Certaines d’entre elles n’ont pour but que de justifier des interprétations à des fins personnelles, politiques ou idéologiques. Internet assure à ces fatouas une diffusion et une audience mondiales, et aucune autorité reconnue n’est en mesure de les dénoncer.

 L’extrémisme s’infiltre dans la société musulmane par des voies capillaires difficiles à contrôler. Ses dogmes se répandent à travers un enseignement religieux “souterrain” donné par des imams formés Dieu sait où et par qui, des hommes dont les esprits ont été formatés par une culture excluant l’autre différent » (M. Sammak, commentant la « Déclaration de Beyrouth » précitée dans la PFV n° 30).

Je n’ai pas besoin de vous rappeler que l’indulgence à l’égard des fatouas qui excommunient des musulmans a conduit à ce que nous voyons maintenant : meurtres et effusion de sang sanctifié » (A. El-Tayeb, lors de la Conférence du Caire, cf. infra).

Les fatouas sont une grande responsabilité et un lourd fardeau. C’est aussi une grande porte ouverte sur le bien. Il faut donc être prudent en les émettant. Les oulémas doivent assumer leurs responsabilités en mettant en évidence le danger que représente la déviance de la voie de la raison, en mettant en garde contre les excès, notamment parmi les jeunes, et en faisant valoir la modération dans la pensée et l’action » (A. Deriane, s’exprimant devant l’assemblée réunie au Caire, cf. infra).

 3°/ Une Conférence internationale au Caire

Cette situation anarchique explique l’importance qu’il convient d’accorder à la Conférence internationale qui s’est tenue au Caire les 17 et 18 août 2015, sous le parrainage du président Sissi. Organisée par Dar-el-Iftah (équivalent de Dar-el-Fatoua), l’instance officielle qui représente l’islam auprès de l’Etat égyptien, et présidée par Ahmed El-Tayeb, le grand imam d’El-Azhar, cette Conférence a réuni des muftis venus de 50 pays d’Asie, d’Afrique et du Proche-Orient. Ils étaient invités à travailler sur le thème : « La fatoua, problématiques actuelles et perspectives d’avenir ».

La qualité et le nombre des participants ainsi que le sujet choisi traduisent la volonté des organisateurs de ne plus s’en tenir à des vœux pieux mais d’encourager les responsables à prendre les problèmes à bras le corps. En l’occurrence, il s’agissait donc des fatouas. Selon Ibrahim Negm, conseiller du mufti d’Egypte, « l’objectif de cette Conférence est d’unifier le message des muftis face aux défis qu’affrontent la région et le monde, des défis qui prennent la forme de fatouas extrémistes émises au nom de la religion » (AFP citée par La Lettre de Réinformation TV, 18 août 2015).

Les participants à la Conférence du Caire n’ont pris aucune décision mais ils ont émis une proposition qui est à l’étude : la création d’un Secrétariat général de muftis ainsi que de centres spécialisés pour améliorer le niveau des fatouas, surveiller et réfuter les fatouas extrémistes et former les muftis de différents pays. Le siège du Secrétariat, qui serait établi dans la capitale égyptienne, coordonnerait le travail de ces centres en lui assurant une forme d’unification.

 

PFV n° 32 – LES DIFFICULTÉS ET LES LIMITES

 Ces initiatives sont-elles crédibles ? Que peut-on en attendre ?

 1°/ Quelle crédibilité ?

Les deux documents publiés à Beyrouth méritent qu’on leur accorde un certain crédit, sans porter sur eux un soupçon a priori, qui serait stérile. Autrement dit, il ne s’agit pas de les considérer comme des démarches tendant seulement à défendre un islam confronté à la grave détérioration de l’image qu’il présente au monde et donc à prévenir le rejet que pourraient en subir les musulmans pris indistinctement. Ces textes expriment sans doute un vrai désarroi et une prise de conscience sincère de leurs auteurs quant à la nécessité d’une réforme en profondeur, sous peine de mettre en danger la paix du monde.

Cependant, aucune véritable exégèse n’est entreprise. Or, on note dans le contenu des documents publiés certaines affirmations rassurantes fondées sur les Ecritures sacrées mais auxquelles il est difficile d’accorder une valeur absolue puisqu’elles sont contredites dans d’autres passages des mêmes Ecritures.

Quelques exemples tirés des recommandations du sommet de Dar-el-Fatoua (Liban, cf. supra PFV n° 30 ci-dessus).

 

  1.  Le texte refuse les « jugements pour apostasie », qualifiés d’« écart à la tolérance qui caractérise l’islam ». Pourtant, selon la Sunna, Mahomet a bien émis cette sentence : « Celui qui quitte la religion [l’islam], tuez-le ». Or, la « Tradition prophétique » est, avec le Coran, l’une des deux principales sources du droit musulman.
  2.  Quant au recours à la violence offensive, il est bel et bien prévu dans le Coran. « A l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ; capturez-les, assiégez-les et dressez-leur des embuscades » (9, 5) ; « Ne faites pas la paix quand vous êtes les plus forts » (47, 35), etc.
  3.  Enfin, la « protection » des chrétiens ne signifie pas leur égalité avec les musulmans, ce mot traduisant le statut juridique qui consacre leur infériorité, statut qui porte le nom de dhimmitude (cf. PFV n° 29).

 2°/ Vers une révolution doctrinale ?

  Les décisions annoncées au terme de la Conférence du Caire (cf. PFV n° 31) visant à la création d’organismes chargés d’unifier le droit, notamment en matière de fatouas, peuvent-elles aboutir à l’élaboration d’une doctrine unique considérée comme seule valable sur la base d’une interprétation servant de référence à tous les musulmans, du moins aux sunnites, puisque c’est d’eux qu’il s’agit ici ? Un obstacle structurel rend difficile, sinon impossible, la réalisation d’une telle proposition. En effet, l’islam sunnite n’est doté d’aucune institution hiérarchique, investie d’un pouvoir magistériel d’interprétation authentique.

Il reste cependant la perspective du consensus (ijma), principe reconnu dans l’islam comme moyen de parvenir à un accord doctrinal. Mais ce qui fut admis autrefois par consensus peut-il être révisé et donner lieu à un autre consensus adapté aux besoins du monde actuel ? Dans l’islam, il n’y a ni conciles ni synodes et quatre écoles juridiques autonomes fondées sur des philosophies du droit différentes, voire divergentes, se répartissent l’aire sunnite. Il s’agit des écoles hanéfite, malékite, chaféite et hanbalite *. Elles sont toutes admises comme légitimes. L’école hanbalite, la plus rigoriste, est celle qui régit le droit en Arabie-Séoudite.

 La monstruosité idéologique de l’Etat islamique, dénommé Daech, c’est la wahhabisme en actes, rien d’autre. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus » (G. Bencheikh, site refonder-pensee-theologie-islam, 22 janvier 2015).

Dès lors, comment contester le bien-fondé des fatouas que les djihadistes de l’Etat islamique ont trouvées sur le site d’une université séoudienne, lesquelles leur ont permis de justifier la mise à mort d’un pilote jordanien brûlé vif en janvier dernier ?

Donc, si le projet envisagé à la Conférence du Caire se concrétise sous l’égide d’El-Azhar, étant donné que l’Egypte s’appuie sur l’école chaféite il est à craindre que des orientations prises en commun demeureront sans valeur obligatoire pour les oulémas et muftis des pays adhérant à d’autres écoles.

 Conclusion

 Père Samir-Khalil Samir, jésuite et islamologue égyptien :

 Tant que l’islam, au lieu de se battre contre les autres (apostats, chrétiens, Occident, athées) ne fait pas son autocritique et ne reconnaît pas que le problème est à l’intérieur de lui-même, on ne s’en sortira pas et les pays islamiques seront de plus en plus caractérisés par la guerre entre eux. Même les affrontements en cours en Afrique, dans les pays arabes méditerranéens et aux confins avec le désert du Sahara sont des conflits internes à l’islam » (Asia News, 8 janvier 2015).

 Les initiatives prises récemment dans le monde musulman sont encourageantes mais il faudra sans doute de profondes remises en cause au sein de l’Oumma pour qu’elles aboutissent à des résultats capables de permettre à l’islam de coexister pacifiquement avec le reste du monde. Le dialogue interreligieux avec les musulmans pourrait être mis à profit pour encourager ces derniers dans ces nouvelles voies et les amener à réfléchir sur le maintien de certains textes incompatibles avec la paix, sachant que c’est sur ceux-ci que se fondent les fatouas émises par les chefs des djihadistes.

 

Annie Laurent, déléguée générale de Clarifier

alaurent@associationclarifier.fr

* Nous reviendrons sur cette question dans une série de PFV consacrées à la charia.